«Un électrochoc qui relance la coopération méditerranéenne»
Au prix d’un important compromis, Nicolas Sarkozy a réussit à
faire passer son projet d’Union pour la
Méditerranée auprès de ses partenaires européens. Jean-François Daguzan, maître de recherche à la
Fondation pour la recherche
stratégique explique les enjeux de cette nouvelle politique communautaire.
Les dirigeants européens sont parvenus dans la nuit de jeudi à un compromis, instituant une «Union pour la Méditerranée» intégrée à l’UE. Votre sentiment?
Même si elle a été
profondément modifiée au terme des négociations, la proposition française de créer une «Union méditerranéenne» est un véritable électrochoc qui relance la coopération entre les deux rives de la
Méditerranée, jusqu’à présent gérée au sein du moribond processus de Barcelone. L’anniversaire de ce dernier en 2005 avait été un véritable fiasco, tous les responsables européens ne s’étant pas
déplacés au sommet organisé à Barcelone. La proposition de Sarkozy a eu le mérite d’obliger tous les pays à se positionner sur le sujet.
Concrètement, ça va changer quoi?
Le sommet de Paris prévu le 13 juillet avec les 27 pays de l’UE et les pays du Sud de la Méditerranée devrait accoucher de plusieurs projets concrets, même si la question du financement n’est pas
réglée. La dynamique est enclenchée: en projetant de confier la co-présidence du processus à un pays du Nord et à un pays du Sud, les dirigeants européens dopent ce qui n’était jusqu’à alors qu’une
discussion technique entre ambassadeurs sous l’ombrelle de l’Union européenne. Les initiatives de l’«Union pour la Méditerranée» vont surtout être dans le domaine du développement durable et de
l’environnement. C’est la stratégie de la France: commencer par des sujets consensuels pour installer l’institution avant de se risquer sur des sujets plus politiques, comme le conflit
israëlo-palestinien.
Tout de même, n’est ce pas une couleuvre dure à avaler pour Sarkozy qui rêvait d’une instution indépendante de l’Union européenne?
Ce qui est dur pour le président français, c’est d’accepter à la table de l’«Union pour la Méditerranée» tous les pays de l’Europe alors qu’il souhaitait limiter les entrants aux pays
méditerranéens. Sous la pression allemande, il a du lâcher du lest.
Enfin, un détail qui n’en est peut-être pas un: pourquoi le projet s’appelle maintenant «Union POUR la Méditerranée» alors que Sarkozy avait lancé l’idée d’une «Union
méditerranéenne»?
Cela a été un point essentiel de la négociation. Les partenaires européens ont préféré opter pour le terme «pour» qui permet d’intégrer tous les pays européens dans le processus, et pas seulement
ceux qui sont «méditerranéens».
Dominique Faget AFP ¦ Nicolas Sarkozy entouré des dirigeants et ministres participant au sommet européen de Bruxelles, le 13 mars 2008
Propos recueillis par Vincent Glad
Source : 20minutes.fr
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